Recyclivre l'imposture?


#1

Je suis gérant d’une petite librairie d’occasion et bouquiniste depuis de très nombreuses années.

J’aimerais attirer votre attention sur la société Recyclivre

Cette société prétend avoir inventé un concept révolutionnaire qui éviterait de jeter des livres alors que les bouquinistes depuis toujours s’occupent de les acheter, les trier avec discernement et les valoriser.
Recyclivre, ne disposant pas de personnel compétant dans le domaine du livre, utilise un logiciel qui choisit les livres qui doivent être « sauvés » et ce uniquement en fonction du prix auquel il se trouvent déjà sur internet, qu’importe leur contenu. Ceci fait que des centaines de millier de livres appartenant au patrimoine français sont impitoyablement détruits et particulièrement ceux n’ayant pas de code-barre donc les plus anciens. Voilà que le sort des livres est confié aux mains d’un robot.
Un système similaire est utilisé pour la revente des livres sur Amazon , où Recyclivre réalise 70% de ses ventes .
Un logiciel ajusteur de prix modifie les tarifs automatiquement suivant qu’il se trouve un concurrent comme (Momox ou Ammareal par exemple) utilisant le même système.
Un livre peut donc voir son prix passer en quelques jours de 30€ à 0,99 €.
Ceci fait que de nombreux ouvrages qui pouvaient auparavant se trouver chez les bouquinistes deviennent non rentables pour la vente et seront donc à l’avenir mis à la benne ; même par Recyclivre qui aura contribué à les dévaloriser.*

Mise à part cette façon de procéder, pouvant être justifiée par l’énorme quantité de livres traités,
Il me semble que la société Recyclivre instille l’idée qu’elle serait une association à but humanitaire et écologique, alors qu’elle est une entreprise commerciale comme une autre.
Le fait qu’elle reverse un certain pourcentage de ses ventes à des associations humanitaires, n’en fait pas pour autant une association à but non lucratif, de nombreuses autres entreprises en font autant sans en faire un argument publicitaire.
Quand on regarde leurs offres sur Amazon la phrase « Merci, votre achat aide à financer des programmes de lutte contre l’illettrisme» porte à penser qu’on a affaire à une entreprise humanitaire.

On retrouve cette ambiguïté tout au long de leur page web, par exemple ils se targuent de venir chercher les livres en voiture électrique faisant ainsi l’admiration de leurs fans alors que les commandes internet sont expédiées par transporteur, donc par camions polluants et emballées dans du plastique, mais cet aspect des choses est occulté.

Le compte d’arbres soi-disant sauvés me semble aussi fallacieux :
On donne à croire que la fabrication de papier est destructrice de forêts alors que l’industrie papetière utilise essentiellement les sous-produits d’abattage des arbres (branches et morceaux de bois inutilisables) et ceux des scieries et menuiseries qui autrement seraient brûlés.
Même au cas où des arbres seraient quand même coupés n’oublions pas que les forêts sont gérées et que de nouveaux arbres sont replantés.*

En ce qui concerne le bilan carbone notons que Recyclivre fait transformer des tonnes de livres en pâte à papier et que cela aussi a un impact sur l’environnement ; tout comme la vente en ligne, très énergivore. Donc il n’est pas du tout sûr que ce bilan soit si exemplaire.

Cette société pourtant est encensée par tous les médias et réseaux sociaux et bénéficie d’une publicité gratuite d’un niveau jamais atteint pour une entreprise commerciale.
J’ai du mal à comprendre cet engouement pour une entreprise pratiquant une politique commerciale aussi agressive et pour le moins sujette à caution.

De très nombreuses associations et commerces pensant de bonne foi œuvrer pour le bien commun se mettent à récolter gratuitement des livres pour Recyclivre, c’est autant de main d’œuvre gratuite pour cette société.

D’autre part on instille dans l’esprit des gens que les livres sont des encombrants dont il faudrait à tout prix se défaire.

Auparavant les gens conservaient leurs livres durant des années et se les transmettaient de génération en génération. Quand les héritiers ne désiraient pas garder les livres de leurs parents ils les proposaient à la bouquinerie de leur quartier ou les donnaient à une association humanitaire. Rares étaient ceux qui les jetaient à la poubelle comme on essaie de nous le faire croire.

Recyclivre traite les livres comme n’importe quel autre produit.

Si le livre n’est plus rentable à la vente il faut le transformer en pâte à papier, mais un livre ce n’est pas que du papier, c’est aussi un contenu me semble t’il.

Imaginez si Recyclivre avait vécu au cours des siècles passés, combien d’œuvres aujourd’hui reconnues comme faisant partie de notre patrimoine culturel auraient aujourd’hui disparues.

Jugeant sans doute que les bibliothèques françaises deviennent de moins en moins intéressantes à exploiter les « sauveurs de livres » comme ils se qualifient eux-mêmes s’attaquent maintenant au patrimoine espagnol.


#2

bravo, tout à fait d’accord ! tout cela est exact. Quant au “certain pourcentage versé” etc… le flou artistique et donc invérifiable. En plus la bagarre permanente entre mom.x et la recyclerie fait chuter les prix de façon choquante et totalement injustifiée, comme si ce n’était …que du papier finalement . Il reste encore sur mazon des vendeurs qui accordent de la valeur au produit vendu, le livre, et on a du mal par rapport à ces industriels robotisés . Choquant . :face_with_symbols_over_mouth:


#3

Je suis tout à fait d’accord avec vous. Je trouve ça scandaleux de juger de la valeur d’un livre ainsi. Un livre, c’est aussi un auteur derrière qui a travaillé à l’écriture.
Recyclivre devrait plutôt s’appeler : Autodafé vu la façon dont ils travaillent…


#4

Très bon texte. Merci.


#5

euh c’est pas nouveau, ça fait déjà plusieurs années et il y a également momox pour votre information …


#6

Merci pour votre soutien ,ça fait plaisir,je finissais par croire que j’étais le seul à penser ainsi.Quand on voit le nombre d’associations et d’institutions qui les encensent,on se sent un peu isolé.


#7

oui mais Momox ne se fait pas passer pour un humanitaire


#8

Excellente démonstration avec laquelle je suis tout à fait d’accord.
Une remarque cependant, “Si le livre n’est plus rentable à la vente il faut le transformer en pâte à papier, mais un livre ce n’est pas que du papier, c’est aussi un contenu me semble t’il.” Hélas combien de livres sans intérêt que l’on peut lire d’une fesse distraite, pour reprendre une formule bien connue ! Alors là oui, le recyclage est bienvenu.


#9

patron recyclivre ex-trader je doute qu’il soit humanitaire business is business


#10

vous avez raison mais ce n’est pas aux market places d’Amazon qu’il faut s’adresser c’est aux consommateurs
Que Choisir ou 60 Millions vous liront et donneront un echo à ce que vous dites
il faudrait cependant raccourcir votre texte, faire plus concis, moins s’etendre sur votre indignation qui decoule de toute façon de ce que vous revelez


#11

c’est parfaitement juste tout ce que vous écrivez.
J’ai récemment vendu un livre de 1880 dont j’étais la seule à avoir et un autre aujourd’hui encore, justement il y a encore quelques passionnés de livres anciens.
peut être une intervention de recyclivre, il me semble qu’il a déjà répondu sur ce forum concernant son statut d’association humanitaire qui reverse de l’argent pour financer l’illettrisme


#12

Bonsoir, je suis également bouquiniste indépendant et je voulais vous remercier de votre très juste texte.
il est vrai en effet que sous couvert de recyclage, de luttes diverses et variées, ce type d’association est réellement en train de détruire le tissu économique actuel. L’associatif et le caritatif sont des dangers économiques assez peu pris en compte par les pouvoirs publics et qui se situent dans le champ très net de la concurrence déloyale, du marketting mensonger ( je sais c’est un pléonasme). toutes les villes désormais disposent de leur contingent de retraités actifs ( beaucoup trop actifs à mon avis, une néo-zélandaise à il y a peu a inventé le terme de " OK boomers " ), qui viennent sans vergogne sur le terrain des bouquinistes, brocanteurs, antiquaires, vendeurs de vetements, de bijoux ect …et recuperent tous les objets possibles et imaginables afin d’organiser des ventes de " charité ". il serait très utile de faire savoir à ces gens que cette activité correspond à des métiers qui sont ainsi mis en péril.
de plus ces associations ou pseudo-associations bénéficient de subsides importantes des villes, régions, état . il suffit de voir les batiments flambants neuf qui poussent dans les zones urbaines pour être certains que l’humanitaire et le caritatif ne sont que des prête-noms.


#13

C’est pas si simple … alors oui Recycl. est aggressif, vend à perte parfois ( souvent ) pour tuer le marché, ne garde probablement pas les livres sans ISBN, est dirigé par un ancien trader etc …
Se focaliser ainsi sur la concurrence n’a aucun intérêt pour vous si ce n’est perdre du temps, et ne pas développer votre activité propre.
La “force” du bouquiniste est sa connaissance des livres et sa capacité à servir le client … ce que des grosses boites ne pourront jamais maitriser !!! On tenait pratiquement les mêmes critiques sur Chap. il y a quelques années … la bonne blague !!!


#14

Tout à fait d’accord avec l’argumentation, mais comment savez vous qu’ils utilisent un automate pour trier leur arrivage ? Un tapis roulant avec le livre quatrième de couverture vers le haut et un laser qui voit ou pas si un isbn est présent ?
Par ailleurs même sans code isbn sur la quatrième, il peut être écrit sur les derniers feuillets ou page de garde.


#15

J’ai visité un de leur centre de collecte,ils utilisent un pistolet scanner comme les caissières de supermarché et celui-ci leur dit immédiatement si le livre vaut la peine d’être gardé.(du point de vu du prix bien sûr).D’ailleurs vous pouvez trouver un exemple de leur procédure sur cet article:
web.https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/bas-rhin/strasbourg-0/strasbourg-startup-prolonger-vie-livres-1183347.html


#16

Merci c’est ce que je pense aussi


#17

Ils ont une main d’œuvre importante, personnels en réinsertion et handicapés … c’est là l’essentiel je pense de leur implication sociale.


#18

Bah, mettre quelques mauvaises évaluations, et paf


#19

Et tous ces livres sur la politique de tous bords, sans intérêts, allez hop ! A la pâte à papiers…


#20

quelques ? il en faudrait une bonne centaine par mois et encore …